Le talbotype, connu aussi sous le nom de calotype, est le procédé photographique mis au point par William Henry Fox Talbot en 1841 : un papier sensibilisé à l'iodure d'argent donne un négatif dont on tire autant d'épreuves positives qu'on le souhaite. Cette technique a ouvert la voie à la photographie argentique.
Le talbotype en quatre dates
- 1835 : Talbot obtient à Lacock Abbey le plus ancien négatif sur papier conservé, une fenêtre à croisillons.
- 1841 : brevet du calotype, fondé sur le développement chimique d'une image latente.
- 1844-1846 : parution de The Pencil of Nature et de ses 24 planches.
- Années 1850 : le collodion humide sur verre le remplace dans les ateliers.
Qu'est-ce que le talbotype ?
Le talbotype est un procédé photographique sur papier dans lequel la prise de vue produit d'abord un négatif : les zones claires du sujet y apparaissent sombres, et inversement. Ce négatif sert ensuite de matrice. Posé sur une seconde feuille sensible et exposé à la lumière, il donne une image positive, et l'opération peut se répéter autant de fois que la matrice le supporte.
Le mot talbotype, que les dictionnaires donnent comme définition d'un procédé primitif de photographie sur papier, vient du nom de son inventeur ; c'est la forme que l'on rencontre souvent en France au XIXe siècle. Talbot, lui, avait choisi « calotype », formé sur le grec kalos, « beau », et typos, « empreinte » : la traduction littérale serait donc « belle empreinte ». Les deux termes désignent le même procédé et s'emploient indifféremment dans l'histoire de la photographie.
Il ne faut pas le confondre avec les « dessins photogéniques » que Talbot réalisait avant 1840 : ces images se formaient entièrement sous l'action de la lumière, ce qui demandait des temps de pose très longs. L'apport décisif du calotype est ailleurs : une exposition brève laisse une image latente, invisible, que la chimie fait ensuite apparaître. C'est ce principe de révélation qui gouverne toute la photographie argentique sur pellicule et son développement pendant plus d'un siècle et demi.
Comment fonctionne le procédé, étape par étape ?
Le brevet de 1841 décrit une suite d'opérations qu'un amateur soigneux pouvait mener chez lui, à condition de disposer d'un bon papier à lettres et d'une chambre noire. Voici le déroulé tel que Talbot l'expose.
- Ioduration du papier. Une feuille de papier est enduite d'une solution de nitrate d'argent, séchée, puis plongée dans un bain d'iodure de potassium. Il se forme de l'iodure d'argent dans les fibres. Ce papier, lavé et séché, se conserve longtemps.
- Sensibilisation. Juste avant la prise de vue, la feuille reçoit une solution appelée gallo-nitrate d'argent : nitrate d'argent, acide acétique et acide gallique. Elle peut être utilisée humide ou laissée sécher.
- Exposition. Placée dans la chambre noire, héritière de la camera obscura, la feuille est exposée quelques minutes, parfois moins d'une minute en plein soleil. Rien n'est encore visible.
- Développement. Une nouvelle couche de gallo-nitrate, et une douce chaleur, font apparaître l'image latente. L'image obtenue est un négatif.
- Fixage. Talbot fixe d'abord au bromure de potassium, puis adopte l'hyposulfite de soude, aujourd'hui nommé thiosulfate de sodium, qui dissout les sels d'argent restés sensibles.
- Tirage par contact. Le négatif, souvent ciré pour le rendre plus translucide, est serré contre un papier salé sensibilisé au nitrate, puis exposé au soleil jusqu'à ce que l'image positive noircisse. À partir de 1850, le papier à l'albumine de Blanquart-Évrard remplace peu à peu le papier salé.
Pourquoi le papier limite-t-il la netteté ?
La lumière du tirage traverse la feuille du négatif avant d'atteindre le papier positif. Les fibres de cette feuille diffusent la lumière et impriment leur texture dans chaque épreuve. Le résultat est une image aux contours doux, aux masses bien dessinées mais aux détails fins atténués. Les artistes y ont vu un rendu proche du dessin au lavis ; les partisans du daguerréotype, un défaut. Ce tirage contact reste pourtant la méthode que l'on retrouve, sur d'autres supports, dans le choix d'un papier et d'un labo pour ses tirages actuels.
Histoire du calotype, de Lacock Abbey au brevet de 1841
1833-1839 : des dessins photogéniques à la Royal Society
En 1833, au bord du lac de Côme, Talbot peine à dessiner le paysage avec une camera lucida. Il imagine alors de laisser la lumière fixer elle-même l'image sur une feuille de papier traitée aux sels d'argent. Ses premiers essais donnent des silhouettes de feuilles et de dentelles posées sur papier sensible. En août 1835, une petite chambre noire braquée sur une fenêtre de Lacock Abbey, sa demeure du Wiltshire, produit le plus ancien négatif photographique sur papier conservé à ce jour.
Talbot n'a pas inventé seul la photographie : à l'origine du médium, Nicéphore Niépce obtient une vue fixée dès les années 1820, et Daguerre comme Hippolyte Bayard travaillent en France au même moment. Sa première contribution propre, et la plus durable, reste le négatif dont on tire des copies.
Talbot laisse ces recherches de côté jusqu'en janvier 1839, quand l'Académie des sciences annonce à Paris le procédé de Daguerre. Pour affirmer son antériorité, il présente ses dessins photogéniques à la Royal Institution, puis fait lire un article devant la Royal Society le 31 janvier 1839. Son ami Sir John Herschel lui suggère la même année le fixage à l'hyposulfite de soude, et popularise ensuite en anglais les termes « photography », « negative » et « positive ».
1840-1841 : l'image latente et le brevet
En septembre 1840, Talbot constate qu'une feuille brièvement exposée porte une image invisible que l'acide gallique fait apparaître. La sensibilité du papier fait un bond : le temps de pose passe d'une durée comptée en dizaines de minutes à quelques minutes, ce qui rend le portrait possible. Il dépose le brevet du calotype le 8 février 1841 pour l'Angleterre et le pays de Galles.
Calotype ou daguerréotype : quelle différence ?
Les deux procédés naissent la même année et répondent au même problème, mais ils prennent deux chemins opposés. Le daguerréotype mise sur la précision d'une pièce unique ; le calotype, sur la reproduction.
| Critère | Daguerréotype | Talbotype (calotype) |
|---|---|---|
| Annonce | Paris, 1839 | Londres, brevet de 1841 |
| Support | Plaque de cuivre argentée | Papier à lettres |
| Résultat de la prise de vue | Positif direct, pièce unique | Négatif, tirages multiples |
| Révélation | Vapeurs de mercure | Acide gallique et nitrate d'argent |
| Rendu | Détail très fin, image en miroir | Contours doux, grain du papier |
| Transport | Plaques lourdes et fragiles | Feuilles légères |
Le daguerréotype séduit d'abord le public par sa netteté, mais il ne se copie pas. Le calotype, moins précis, apporte l'idée qui survivra aux deux : une seule prise de vue, un nombre illimité d'épreuves.
Qui était William Henry Fox Talbot ?
William Henry Fox Talbot naît le 11 février 1800 à Melbury, dans le Dorset, et meurt le 17 septembre 1877 à Lacock Abbey. Formé à Cambridge, il est d'abord mathématicien : ses travaux lui valent d'entrer à la Royal Society en 1831. Il siège aussi quelques années à la Chambre des communes comme député de Chippenham.
Sa biographie est celle d'un savant complet, et la photographie n'est qu'une part de ses travaux. Talbot publie en optique, en botanique, et participe au déchiffrement de l'écriture cunéiforme : en 1857, il fait partie des savants qui traduisent séparément une même inscription assyrienne pour vérifier que la méthode tient. Cette culture scientifique explique sa démarche : il consigne ses essais, publie, et pense d'emblée aux usages de son invention.
Entre 1844 et 1846, il fait paraître en six fascicules The Pencil of Nature, premier livre commercialisé illustré de photographies prises à la chambre. Les 24 calotypes de cet ouvrage, collés à la main, montrent par exemple une rangée de livres, une meule de foin, une porte ouverte ou un fac-similé de document. Talbot y annonce déjà la reproduction de textes, l'inventaire de collections et la preuve par l'image.
Avantages et limites du talbotype
Le premier avantage est la reproductibilité : un négatif réussi fournit des dizaines d'épreuves identiques, ce que permettra plus tard l'édition illustrée. Le second tient au poids. Du papier se transporte mieux qu'une plaque argentée, et les voyageurs photographes emportent le procédé en Égypte, en Italie ou en Inde. La souplesse d'utilisation séduit aussi les artistes, qui retouchent parfois le négatif au crayon.
Les limites sont connues dès l'époque :
- la netteté, réduite par les fibres du papier traversées au tirage ;
- le temps de pose, encore trop long pour saisir un mouvement ;
- la stabilité des épreuves sur papier salé, qui pâlissent quand le fixage est mal lavé ;
- le brevet, dont la licence payante freine les professionnels anglais.
Le brevet ne couvre pas l'Écosse, où David Octavius Hill et Robert Adamson réalisent à Édimbourg, entre 1843 et 1847, des centaines de portraits au calotype. En France, Louis Désiré Blanquart-Évrard améliore le procédé en 1847, puis Gustave Le Gray propose en 1851 le négatif sur papier ciré avant exposition, que Charles Nègre ou Henri Le Secq emploient pour photographier l'architecture. Talbot renonce en 1852 à exiger une licence, sauf pour le portrait commercial, et perd en 1854 son procès contre le photographe Martin Laroche.
Que reste-t-il du talbotype aujourd'hui ?
Le collodion humide de Frederick Scott Archer, publié en 1851, associe la finesse d'une plaque de verre au principe du négatif et fait disparaître le calotype des ateliers en une dizaine d'années. Le procédé de Talbot n'a donc régné que peu de temps, mais son idée a survécu à tous ses successeurs.
George Eastman lance en 1888 le premier appareil Kodak, puis le film souple en celluloïd : un support sensible à la lumière, révélé chimiquement, donne un négatif dont on tire des positifs. C'est encore le schéma du calotype. La pellicule 35 mm l'a conservé dans la photographie moderne jusqu'à ce que le capteur numérique prenne le relais, une transition retracée dans l'histoire du premier appareil photo numérique.
Les originaux de Talbot se conservent aujourd'hui dans les grandes collections publiques, dont la British Library, le Metropolitan Museum of Art de New York et le Musée des beaux-arts du Canada. Quelques praticiens des procédés anciens préparent encore du papier au nitrate d'argent et à l'iodure de potassium pour retrouver le rendu doux du premier procédé photographique négatif positif.















