Le premier appareil photo est une chambre noire en bois munie d'un objectif, avec laquelle Nicéphore Niépce fixe vers 1826 la plus ancienne image photographique conservée, point de départ de l'histoire de la photographie. Le premier appareil photo vendu dans le commerce, le daguerréotype Giroux, date de 1839 ; le premier appareil photo numérique, inventé par l'ingénieur Steven Sasson chez Kodak, de 1975.
Les quatre dates à retenir
- Vers 1826 : Niépce obtient le Point de vue du Gras avec une chambre et une plaque d'étain enduite de bitume.
- 1839 : le daguerréotype est rendu public à Paris et Alphonse Giroux commercialise la première chambre de série.
- 1888 : George Eastman lance le Kodak à pellicule, premier appareil pensé pour le grand public.
- 1975 : Steven Sasson assemble chez Kodak le premier appareil photo numérique, 3,6 kg pour une image de 0,01 mégapixel.
Quel est le premier appareil photo de l'histoire ?
La réponse dépend de ce que l'on appelle un appareil photo. Si le mot désigne une boîte qui projette une image, l'objet existe depuis des siècles. S'il désigne une boîte qui enregistre cette image de façon durable, le premier appareil photo est la chambre utilisée par Nicéphore Niépce dans sa maison de Saint-Loup-de-Varennes, près de Chalon-sur-Saône, dans les années 1820. C'est cette seconde définition que retiennent les historiens de la photographie, parce qu'elle suppose une surface sensible et donc la naissance de la photographie elle-même.
La camera obscura, un ancêtre sans surface sensible
Le principe de la chambre noire est décrit dès le XIe siècle par le savant Ibn al-Haytham (Alhazen) : un petit trou percé dans la paroi d'une pièce obscure laisse passer la lumière, qui dessine sur le mur opposé l'image renversée du paysage extérieur. Au XVIe siècle, Giovanni Battista della Porta popularise la camera obscura dans sa Magia naturalis (1558), et les peintres de la Renaissance s'en servent pour tracer une perspective exacte. En 1685, l'Allemand Johann Zahn imagine une version portable équipée d'un miroir incliné à 45 degrés et d'un verre dépoli : la silhouette du futur appareil photo reflex est déjà là. Il manque un seul élément, et c'est l'essentiel : un moyen de garder l'image quand on referme la boîte. Vers 1800, l'Anglais Thomas Wedgwood obtient des silhouettes sur du papier imprégné de nitrate d'argent, mais il ne sait pas les fixer et elles noircissent à la lumière du jour.
La chambre de Niépce et le Point de vue du Gras
Nicéphore Niépce, inventeur bourguignon passionné de lithographie, cherche à reproduire des gravures sans dessinateur. Il enduit une plaque d'étain de bitume de Judée, une substance qui durcit à la lumière, et la place au fond d'une chambre en bois équipée d'une lentille. Après une très longue exposition, il lave la plaque avec un solvant : le bitume resté mou disparaît, celui qui a durci dessine l'image. Le résultat, le Point de vue du Gras, montre les toits vus depuis la fenêtre de son grenier. Le temps de pose est traditionnellement estimé à huit heures ; des essais de reconstitution suggèrent qu'il a pu durer plusieurs jours, ce qui explique que le soleil éclaire les deux côtés des bâtiments. Oubliée pendant un siècle, la plaque a été retrouvée en 1952 par l'historien Helmut Gernsheim ; elle est aujourd'hui conservée au Harry Ransom Center de l'université du Texas à Austin. Niépce appelait son procédé l'héliographie. Les chambres qu'il utilisait ont été fabriquées en partie par les opticiens parisiens Charles et Vincent Chevalier, et le musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône en conserve plusieurs.
Qui a inventé le premier appareil photo, Niépce ou Daguerre ?
L'invention de la photographie n'a pas un seul père. Niépce est le premier à fixer une image prise d'après nature avec une chambre, mais son procédé demande des heures de pose et produit une image unique, pâle, difficile à lire. En 1829, il s'associe avec Louis Daguerre, décorateur de théâtre et créateur du Diorama à Paris, qui travaille lui aussi sur la chambre noire. Niépce meurt en 1833 sans avoir vu l'aboutissement de leurs recherches. Daguerre poursuit seul et découvre qu'une plaque de cuivre argentée, exposée à des vapeurs d'iode puis révélée aux vapeurs de mercure, donne une image d'une finesse remarquable en quelques minutes seulement.
Le 7 janvier 1839, le physicien François Arago présente ce procédé à l'Académie des sciences. L'État français achète les droits contre une pension versée à Daguerre et au fils de Niépce, puis rend le procédé public le 19 août 1839. D'autres chercheurs revendiquent au même moment une part de la découverte. En Angleterre, William Henry Fox Talbot met au point le négatif sur papier, qu'il brevète en 1841 sous le nom de calotype ; son invention, détaillée dans notre dossier sur le procédé de Fox Talbot et ses premiers négatifs, rend possible la reproduction d'une même image en plusieurs tirages. À Paris, Hippolyte Bayard obtient dès 1839 des positifs directs sur papier et, vexé d'être ignoré, se met en scène en 1840 dans un Autoportrait en noyé, souvent cité comme la première photographie mise en scène. Il est donc juste de dire que Niépce a inventé le premier appareil photo capable d'enregistrer une image, et que Daguerre a créé le premier procédé réellement exploitable.
1839, le daguerréotype Giroux, premier appareil photographique vendu dans le commerce
Dès l'été 1839, la demande est immense. Alphonse Giroux, papetier et marchand d'objets d'art parisien, parent par alliance de Daguerre, obtient le droit de fabriquer l'appareil officiel. La chambre Giroux se présente comme une double boîte en bois coulissante : la partie arrière glisse dans la partie avant pour faire la mise au point, l'objectif en laiton est un doublet achromatique signé Chevalier, et une plaque de verre dépoli permet de cadrer avant d'insérer la plaque sensible. Chaque exemplaire porte une étiquette signée de Daguerre et le cachet de Giroux, gage d'authenticité face aux copies qui apparaissent aussitôt. L'ensemble était livré avec la boîte à iode, la boîte à mercure et les accessoires de développement, un équipement lourd qui se transportait en caisse.
Ce premier appareil photographique produit en série fixe pour longtemps la forme de la chambre photographique : un corps, un objectif, un verre de visée à l'arrière et un porte-plaque. Les grandes chambres des photographes de studio du XIXe siècle, puis les chambres grand format des photographes d'architecture du XXe siècle, en descendent directement. Les premiers portraits posent pourtant un problème : même réduit à quelques minutes, le temps de pose oblige les modèles à rester immobiles, la tête calée par un appui-tête métallique. Les objectifs plus lumineux conçus par Joseph Petzval en 1840 et la sensibilisation des plaques au brome ramènent ce temps à moins d'une minute en quelques années.
Comment le premier appareil photo Kodak a mis la photographie entre toutes les mains
Pendant quarante ans, faire une photographie reste une affaire de spécialistes. Le collodion humide, inventé par Frederick Scott Archer en 1851, donne des négatifs sur verre très nets, mais il faut préparer la plaque juste avant la prise de vue et la développer aussitôt, ce qui impose de transporter un laboratoire. La plaque sèche au gélatino-bromure d'argent, décrite par Richard Leach Maddox en 1871 et industrialisée à la fin des années 1870, change la donne : les plaques sont fabriquées en usine, se conservent et réagissent en une fraction de seconde. L'appareil peut enfin être tenu à la main.
George Eastman, employé de banque de Rochester devenu fabricant de plaques, franchit l'étape suivante. En 1888, il lance le Kodak, une petite boîte chargée d'un film souple sur papier puis sur celluloïd permettant 100 vues. Le client déclenche, remonte le film, puis renvoie l'appareil entier à l'usine, qui développe les images, tire les épreuves rondes et recharge une nouvelle pellicule photographique. Le slogan « You press the button, we do the rest » résume la promesse : la marque Kodak vend un service autant qu'un objet. L'appareil coûte alors 25 dollars, une somme importante pour un ménage de l'époque.
Le Brownie, un dollar pour tout le monde
En 1900, Kodak lance le Brownie, une boîte en carton vendue un dollar, pensée pour les enfants. Son succès est tel qu'il fait de la photographie de famille une pratique ordinaire. Le film en rouleau et la photographie argentique en noir et blanc deviennent la norme pour des décennies ; les différents formats de pellicule et leur développement sont détaillés dans notre guide de la photo argentique.
Petit format, reflex et instantané, l'appareil photo change de forme
Au XXe siècle, l'évolution des appareils photo suit une même direction : plus petits, plus rapides, plus automatiques. Oskar Barnack, ingénieur chez Leitz, construit vers 1913 un prototype qui utilise le film de cinéma de 35 mm. Commercialisé en 1925 sous le nom de Leica, il impose le petit format 24 x 36 mm, qui reste la référence du plein format actuel. En 1929, le Rolleiflex popularise le moyen format et la visée par un second objectif placé au-dessus du premier.
Le premier reflex 24 x 36
Le principe du reflex mono objectif consiste à regarder à travers l'objectif de prise de vue grâce à un miroir qui se relève au déclenchement. Le Kine Exakta, construit à Dresde par Ihagee et présenté en 1936, est généralement considéré comme le premier reflex 24 x 36 produit en série. Le Contax S de 1949 ajoute le prisme en toit qui redresse l'image dans le viseur optique ; l'Asahiflex IIb de 1954 introduit le miroir à retour instantané. Le Nikon F de 1959, avec son objectif interchangeable à baïonnette et son obturateur à plan focal, devient l'outil des photojournalistes. La suite de cette lignée, jusqu'aux boîtiers actuels, est racontée dans notre guide de l'appareil photo reflex.
L'appareil photo instantané de Polaroid
Edwin Land, fondateur de Polaroid, présente en 1947 un procédé qui développe l'image à l'intérieur même de l'appareil. La Land Camera Model 95, mise en vente à Boston en novembre 1948, livre un tirage en une minute environ. L'appareil photo instantané connaît ensuite un grand succès populaire, notamment avec le SX-70 de 1972. Dans les années 1970 et 1980, l'électronique entre dans les boîtiers : le Konica C35 AF de 1977 est le premier compact à mise au point automatique produit en série, et le Minolta 7000 de 1985 le premier reflex dont le moteur autofocus est intégré au boîtier. Konica et Minolta fusionnent en 2003 ; Konica Minolta cède sa branche photo à Sony en 2006, qui en tire la gamme Sony Alpha.
Quel est le premier appareil photo numérique ?
En 1975, Steven Sasson, jeune ingénieur de Kodak à Rochester, reçoit une mission simple : trouver un usage au capteur CCD que vient de mettre au point Fairchild. Il assemble un prototype de 3,6 kg à partir d'un objectif de caméra Super 8, de convertisseurs analogique-numérique et d'un lecteur de cassette audio. L'appareil enregistre une image en noir et blanc de 100 x 100 pixels, soit 0,01 mégapixel, en 23 secondes, et il faut le relier à un téléviseur pour la voir. La direction de Kodak juge l'invention intéressante mais lointaine, et craint pour son marché du film. Sasson sera distingué en 2009 par la National Medal of Technology and Innovation américaine.
Les étapes suivantes s'enchaînent sur vingt-cinq ans. Sony présente en 1981 le prototype Mavica, qui enregistre des images vidéo analogiques sur une petite disquette : ce n'est pas encore du numérique, mais le support amovible est né. Le Dycam Model 1, vendu aussi sous le nom de Logitech Fotoman en 1990, est le premier appareil entièrement numérique proposé au grand public, avec des images de 376 x 240 pixels en niveaux de gris. En 1991, le Kodak DCS 100 greffe un capteur de 1,3 mégapixel sur un boîtier Nikon F3 pour les photographes de presse. Le Casio QV-10 de 1995 est le premier compact doté d'un écran LCD pour revoir l'image aussitôt prise. En 1999, le Nikon D1 offre 2,7 mégapixels pour environ 5 500 dollars et entre dans les rédactions. En novembre 2000, le Sharp J-SH04 vendu au Japon est le premier téléphone équipé d'un appareil photo, avec 110 000 pixels.
Ironie de l'histoire, la marque qui a inventé l'appareil photo numérique se place en faillite en janvier 2012, faute d'avoir basculé à temps. Aujourd'hui, un smartphone haut de gamme embarque des capteurs de 50 à 200 mégapixels et traite chaque image par calcul, tandis que les boîtiers sans miroir ont remplacé le reflex dans la plupart des gammes, comme l'explique notre dossier sur l'hybride sans miroir.
Les grandes dates du premier appareil photo à nos jours
| Date | Appareil ou procédé | Ce qu'il change |
|---|---|---|
| XIe siècle | Camera obscura décrite par Alhazen | Projection d'une image, sans enregistrement |
| Vers 1826 | Chambre de Niépce, héliographie | Première image fixée d'après nature |
| 1839 | Daguerréotype Giroux | Premier appareil vendu dans le commerce |
| 1841 | Calotype de Talbot | Négatif sur papier, tirages multiples |
| 1888 | Kodak d'Eastman | Film souple, photographie grand public |
| 1925 | Leica | Petit format 24 x 36 mm |
| 1936 | Kine Exakta | Premier reflex 24 x 36 de série |
| 1948 | Polaroid Model 95 | Tirage instantané |
| 1975 | Prototype de Steven Sasson | Premier appareil photo numérique |
| 2000 | Sharp J-SH04 | Premier téléphone avec appareil photo |
Quels sont les types d'appareils photo issus de ces inventions ?
Chaque étape de cette histoire a laissé une famille d'appareils qui existe encore. La chambre grand format, héritière directe du daguerréotype, utilise des plans-films de 4 x 5 pouces ou plus et reste employée en architecture et en paysage pour son contrôle de la perspective. Le moyen format, né avec les appareils à rouleau, offre une surface sensible plus grande que le 24 x 36 et garde une place dans la mode et le portrait haut de gamme. Le petit format, lancé par le Leica, a donné le compact et le reflex, argentiques puis numériques.
- Le reflex : visée par l'objectif grâce à un miroir, objectif interchangeable, longtemps l'outil de référence des amateurs avertis et des professionnels.
- Le compact : objectif fixe, automatismes poussés, héritier du Kodak de 1888 par sa promesse de simplicité.
- L'hybride : sans miroir, visée électronique, capteur de la taille de celui d'un reflex ; la taille du capteur y joue sur la profondeur de champ et le rendu en basse lumière.
- L'appareil photo instantané : descendant du Polaroid, revenu à la mode avec les films Instax de Fujifilm.
- Le smartphone : plusieurs petits capteurs et un traitement logiciel qui compense leur petite taille.
Questions fréquentes sur les débuts de l'appareil photo
- Quand a été créé le premier appareil photo ?
- La première image photographique conservée a été obtenue par Nicéphore Niépce vers 1826 ou 1827 avec une chambre en bois. Le premier appareil vendu dans le commerce, la chambre Giroux pour le daguerréotype, est apparu en 1839.
- Quelle est la plus ancienne photo du monde ?
- Le Point de vue du Gras, pris par Niépce depuis la fenêtre de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes, est la plus ancienne photographie d'après nature conservée. La plaque est exposée au Harry Ransom Center de l'université du Texas à Austin.
- Combien pesait le premier appareil photo numérique ?
- Le prototype assemblé par Steven Sasson chez Kodak en 1975 pesait 3,6 kg et enregistrait une image de 0,01 mégapixel sur une cassette audio en 23 secondes.
- Quel a été le premier appareil photo Kodak ?
- Le Kodak de 1888, vendu 25 dollars et chargé d'un film de 100 vues, que l'on renvoyait à l'usine pour le développement et le rechargement.
Quelle place l'appareil photo tient-il dans l'histoire ?
L'impact culturel du premier appareil photo dépasse largement la technique. En quelques décennies, la photographie modifie le portrait, réservé jusque-là à ceux qui pouvaient payer un peintre, et donne aux familles modestes une mémoire en images. Elle transforme la presse, qui publie des photographies imprimées à partir des années 1880 grâce à la similigravure, puis le reportage de guerre, de la guerre de Crimée photographiée par Roger Fenton en 1855 aux images de Robert Capa. Elle bouscule aussi la peinture, qui n'a plus à imiter fidèlement le réel et s'oriente vers l'impressionnisme puis l'abstraction.
Chaque saut technique a élargi le nombre de photographes. Le daguerréotype comptait quelques milliers de praticiens, le Kodak en a fait des millions, et le téléphone en a fait plusieurs milliards. De la chambre en bois de Niépce au capteur d'un smartphone, le principe reste pourtant celui de la camera obscura : une ouverture, une lumière, une surface qui la garde.
